L’atelier de couture du dramaturge

Écrire une histoire, qu’il s’agisse d’un roman ou d’un texte de théâtre, est une création entièrement artisanale, qui présente de fortes analogies avec la couture. Le vocabulaire employé est d’ailleurs exactement le même.
On part toujours d’une esquisse, d’un patron. Un projet qui s’enrichit peu à peu de traits et de motifs ornementaux. Comme un tailleur, le dramaturge doit tisser une trame, la bâtir avec des teintes et des motifs qui la rendront unique. On fixe d’abord quelques points d’où se déroulent ensuite les fils du récit, dans un développement qui doit captiver. Par endroits, la trame peut se relâcher ; il faut alors la resserrer et la garnir de traits plus affirmés.
Le dramaturge est un tailleur habile, capable d’ourdir une trame qui se densifie en un entrelacement bien conçu. Il suffit de se déboutonner un peu. Chaque personnage, du début à la fin du récit, aura son histoire personnelle, une intrigue secondaire qui se superposera à la trame principale, dans un enchevêtrement qui rendra le récit plus riche et séduisant. Parfois, une trame pourra aussi avoir son envers.
Le dramaturge est un tailleur capable de broder autour de chaque personnage des événements et des motifs apparemment éloignés pour les unir étroitement, dans un mélange sans accrocs. Bien sûr, chaque artisan le fera selon son style, créant avec maîtrise une composition harmonieuse et géométrique, jusqu’alors présente seulement dans son esprit. Chacun dessinera sa toile comme il le pourra, avec les outils de son métier dont il disposera.
Quelle allure aura tel ou tel personnage ? S’il s’agissait du nôtre, dans un texte écrit spécialement pour nous, le sentirions-nous taillé sur mesure ? Ou bien nous sentirions-nous à l’étroit ?
La tâche n’est pas facile. Le danger guette. L’histoire tient-elle le fil ? Il est facile de se retrouver dans des enchevêtrements compliqués, des motifs ratés qui ne tiennent qu’avec des épingles. Des points de non-retour. L’histoire s’effiloche. Il ne faut pas se décourager. On revient en arrière, on coupe et on recoud et le voici de nouveau, le bout du fil. L’essentiel est de donner un sens à l’ensemble et de renouer les fils du récit. On arrive ainsi à un point crucial où apparaît ce subtil fil rouge qui nous attachera — par un double lien — à ce récit que nous découvrirons aimer.