Les 40 règles d’écriture d’Umberto Eco
Les règles d’écriture suivantes ont été rédigées par Umberto Eco, l’un des plus grands auteurs et sémiologues italiens. Publiées en 1980 dans la rubrique de L’Espresso « La bustina di Minerva », elles proposent des conseils pratiques et stylistiques pour écrire en italien avec clarté, efficacité et précision. Eco mêle humour et rigueur pour guider les auteurs de tous niveaux vers une meilleure expression écrite.

1. Évite les allitérations, même si elles attirent les ahuris.
2. Il ne faut pas que le subjonctif est évité ; au contraire, qu’on l’emploie quand il le faut.
3. Évite les clichés : c’est du réchauffé.
4. Exprime-toi comme tu te nourris.
5. N’utilise pas de sigles commerciaux & d’abréviations, etc.
6. Rappelle-toi (toujours) que la parenthèse (même lorsqu’elle paraît indispensable) interrompt le fil du discours.
7. Attention à ne pas faire… une indigestion de points de suspension.
8. Utilise le moins possible de guillemets : ce n’est pas « raffiné ».
9. Ne généralise jamais.
10. Les mots étrangers ne sont pas du tout cool.
11. Sois avare de citations. Emerson disait justement : « Je hais les citations. Dis-moi seulement ce que tu sais, toi. »
12. Les comparaisons sont comme les clichés.
13. Ne sois pas redondant ; ne répète pas deux fois la même chose ; répéter est superflu (par redondance, on entend l’explication inutile de quelque chose que le lecteur a déjà compris).
14. Seuls les connards utilisent des mots vulgaires.
15. Sois toujours plus ou moins précis.
16. L’hyperbole est la plus extraordinaire des techniques d’expression.
17. Ne fais pas de phrases d’un seul mot. Supprime-les.
18. Méfie-toi des métaphores trop audacieuses : ce sont des plumes sur les écailles d’un serpent.
19. Mets, les virgules, au bon endroit.
20. Distingue la fonction du point-virgule de celle des deux-points : même si ce n’est pas facile
21. Si tu ne trouves pas l’expression italienne appropriée, n’emploie jamais une expression dialectale : peso el tacòn del buso.
22. N’utilise pas de métaphores incongrues même si elles te semblent « chanter » : elles sont comme un cygne qui déraille.
23. Faut-il vraiment poser des questions rhétoriques ?
24. Sois concis, cherche à condenser tes pensées dans le moins de mots possible, en évitant les phrases longues — ou interrompues par des incises qui déroutent inévitablement le lecteur peu attentif — afin que ton discours ne contribue pas à cette pollution de l’information qui est certainement (surtout lorsqu’elle est inutilement truffée de précisions inutiles, ou du moins non indispensables) l’une des tragédies de notre époque dominée par le pouvoir des médias.
25. Les accents ne doivent étre ni incorrects ni inutiles, car celui qui le faît se trompe.
26. N’élide pas l’article devant un nom commençant par un h aspiré, comme l’héros.
27. Ne sois pas emphatique ! Sois économe de points d’exclamation !
28. Même les pires fans des barbarismes ne mettent pas les mots étrangers au pluriel.
29. Écris correctement les noms étrangers, comme Beaudelaire, Roosewelt, Niezsche et autres.
30. Nomme directement les auteurs et personnages dont tu parles, sans périphrases. C’est ce que faisait le plus grand écrivain lombard du XIXe siècle, l’auteur du 5 mai.
31. Au début de ton propos, utilise la captatio benevolentiae pour gagner les bonnes grâces du lecteur (mais vous êtes peut-être trop stupides pour comprendre ce que je vous dis).
32. Soigne scrupuleuzement l’ortograffe.
33. Inutile de te dire à quel point les prétéritions sont fastidieuses.
34. Ne va pas trop souvent à la ligne.
Du moins, pas quand c’est inutile.
35. N’utilise jamais le pluriel de majesté. Nous sommes convaincus qu’il fait très mauvaise impression.
36. Ne confonds pas la cause et l’effet : tu serais dans l’erreur et tu te serais donc trompé.
37. Ne construis pas de phrases dont la conclusion ne découle pas logiquement des prémisses : si tout le monde le faisait, alors les prémisses découleraient des conclusions.
38. Ne te laisse pas aller aux archaïsmes, aux hapax legomena ou à d’autres lexèmes inusités, ni aux deep structures rhizomatiques qui, pour autant qu’elles t’apparaissent comme autant d’épiphanies de la différance grammatologique et d’invitations à la dérive déconstructive — mais ce serait pire encore si elles se révélaient contestables au regard de celui qui lit avec une acribie ecdotique — dépassent néanmoins les compétences cognitives du destinataire.
39. Tu ne dois pas être prolixe, mais tu ne dois pas non plus dire moins que ce que.
40. Une phrase complète doit avoir.



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