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Le dialecte et le théâtre

6 mai 2024
2 min de lecture

Au cœur de l’entrelacs de nos racines historiques brille une pierre précieuse : le dialecte. C’est un fil ténu mais solide, qui nous relie indissolublement au passé, à l’essence même de nos terres.


Mais combien de dialectes l’Italie compte-t-elle exactement ?


Une question à la réponse insaisissable, enveloppée du mystère de ses variantes. Des territoires pourtant voisins se parent de nuances linguistiques si différentes que toute recherche de précision semble vaine.


Les différences entre dialectes, même les plus proches, se manifestent à plusieurs niveaux : lexique, phonologie, morphologie et syntaxe. Il est néanmoins possible de tracer des frontières linguistiques et de définir des groupes régionaux qui révèlent les particularités de chaque territoire.

Dans ce paysage complexe émerge la scène dialectale, lieu de rencontre entre parole et culture.


Ici, les racines du théâtre dialectal plongent profondément, jusqu’à l’époque de Goldoni, qui abandonna les masques de la commedia dell’arte pour donner voix au vénitien. Ce fut un geste révolutionnaire, qui porta sur scène la vie quotidienne avec une vraisemblance inédite. Né dans des contextes bien définis, le théâtre dialectal a souvent dépassé les frontières locales pour toucher la nation entière.



Carte des dialectes d’Italie

File:Dialetti parlati in Italia.png - Wikimedia Commons



Chaque région d’Italie, avec ses histoires et ses particularités, a donné naissance à un théâtre dialectal unique, reflet d’une péninsule encore divisée dans ses identités.


Eduardo Scarpetta est considéré comme le père du théâtre dialectal moderne, mais c’est avec De Filippo que les expressions napolitaines ont franchi les frontières régionales, façonnant les codes italiens de la comédie théâtrale.


Meli et Pirandello, précurseurs du réalisme sicilien, ont laissé une empreinte indélébile dans le paysage théâtral italien, ne traduisant leurs œuvres en italien qu’après avoir conquis le public sicilien.


Et d’autres figures majeures jalonnent la péninsule : Gilberto Govi, qui défia l’Académie d’art dramatique avec ses comédies en génois pendant la Grande Guerre ; Macario, icône du cinéma, de la télévision et du théâtre, avec ses irrésistibles gags en dialecte piémontais ; Alfredo Testoni, qui porta la vie du cardinal Lambertini sur les planches bolonaises et devint célèbre grâce au film des années 1960 avec Gino Cervi.



Mais Dario Fo mérite un chapitre à part. Le grand dramaturge lombard utilisa le dialecte non seulement pour ses farces et ses satires, mais aussi comme instrument d’une révolution théâtrale. Avec son grammelot, Fo sut transformer les sonorités dialectales et les onomatopées en une expérience narrative visionnaire et foisonnante d’images. Son rapport aux dialectes était viscéral, profond, un lien qui imprégnait chaque page de ses œuvres, comme il l’a lui-même reconnu.


« […] lorsque vous apprenez un texte, essayez d’abord de le retraduire avec vos propres mots, puis dans votre dialecte, si vous en avez un. C’est une grande malchance pour un acteur de ne pas posséder de dialecte comme fondement de son jeu. J’ai connu des acteurs qui en étaient dépourvus : ils disaient leurs répliques en projetant des phonèmes plats, aseptisés, sans aucune musicalité dans les tons et les cadences. »

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