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La tragédie. Quelques réflexions.

22 avr. 2024
3 min de lecture



« Aux noctambules, aux mages, aux possédés de Dionysos, aux ménades, aux initiés »

(Héraclite)


C’est dans la région grecque de Thessalie que se situe le mystère du sacrifice du dieu Dionysos, qui s’offre à Hadès (ou Pluton) , dieu des Enfers, pour sauver Perséphone / Coré (ou Proserpine) , sa sœur, qui apporte le printemps, la vie et l’amour dans le monde terrestre.


Selon le mythe de l’Enlèvement de Proserpine, le dieu des Enfers enleva la belle fille de Cérès, mais l’accord conclu avec Jupiter prévoyait que la jeune fille reviendrait parmi les vivants pendant six mois, durant lesquels les récoltes seraient abondantes. Pendant les six mois d’hiver, elle devait rester aux Enfers, condamnant les habitants du monde des vivants au froid et à la famine.





Le Bernin, L’Enlèvement de Proserpine (Wikipédia)


Selon la légende, avant sa mise à mort rituelle, Dionysos se transforme en chèvre avant d’être éventré et dévoré par les participants au rite. Chacun des initiés aux mystères déchire à mains nues le corps du dieu immolé, mange sa chair crue et boit son sang. Danses et musiques accompagnent les « Mystères dionysiaques », ou Bacchanales, avec un cortège de satyres dansants.


De cette tradition découlent deux faits importants :

  • le rituel moderne de la communion selon les canons chrétiens, fondé sur l’idée de manger le corps et de boire le sang du Christ par le rite de l’eucharistie.

  • l’origine du mot « tragédie », entendu comme « chant des boucs » (trágos, bouc ; ōdē, chant).


La représentation scénique de la tragédie naît donc comme un moyen de réitérer symboliquement ce rite primordial. L’acte violent de la tragédie, représenté dans la skênê, c’est-à-dire dans l’espace scénique, fait écho à la tradition rituelle primitive du sacrifice du bouc émissaire.


Chez certaines populations archaïques, ce rite était déjà assez répandu : il était courant de tuer le chef de la tribu et de déchirer son corps. Ce n’est que plus tard que son sacrifice fut remplacé par celui du bouc émissaire, symboliquement proche du culte de Dionysos.


Du point de vue sociologique, cette pratique remplissait une fonction sociale précise : l’unité tribale, autrement dit la communion de l’assemblée. Selon les théories du regretté René Girard, l’élimination sacrificielle du bouc émissaire joue un rôle essentiel dans la dynamique de préservation du groupe. Elle sert à apaiser la violence en déchargeant sur la victime choisie celle qui oppose chacun à tous les autres. Le sacrifice du bouc émissaire apaise les conflits interpersonnels et fonde le lien social, jouant ainsi un rôle majeur de cohésion.



Un élément caractéristique du culte de Dionysos est la participation des bacchantes (ou ménades), femmes en extase sous l’effet du vin sacré, qui célébraient le dieu en portant des masques. Ce rituel est révélé dans « Les Bacchantes » d’Euripide. Les bacchantes avaient pour fonction de guider rituellement le cortège dansant des satyres aux traits caprins et des nymphes, et de célébrer l’harmonie universelle par le « sparagmos », le sacrifice du bouc.



« Il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile dansante. » Nietzsche


Plus tard, selon la doctrine morale de Nietzsche (La Naissance de la tragédie), le rite sera investi d’un sens nouveau : la célébration de la primauté de la vitalité dionysiaque (ou volonté de puissance) sur l’esprit rationnel apollinien.


La tragédie exalte donc toujours le carpe diem d’Horace, décliné selon l’intrigue. Elle explore souvent les thèmes de l’abandon, du destin et de l’intervention divine.


« Que la jeunesse est belle, / qui pourtant s’enfuit ! »

« Que celui qui veut être heureux le soit : de demain, rien n’est certain. »

Laurent le Magnifique


La légende veut en effet qu’après avoir aidé Thésée à tuer le Minotaure dans le labyrinthe de Crète grâce à son célèbre fil, Ariane ait été abandonnée à Naxos, l’île toute proche.


La jeune fille sombra dans le désespoir, mais le dieu Dionysos la retrouva, s’éprit aussitôt d’elle et voulut l’épouser, la rendant immortelle.

 


(Antoine-Jean Gros - Bacchus et Ariane)


Pour conclure, voici une liste des œuvres classiques les plus connues de la mythologie grecque relevant de la tragédie, réparties entre les trois grands auteurs :


Euripide : Alceste, Médée, Hippolyte, Héraclès, Les Troyennes, Électre, Les Bacchantes, Le Cyclope

Sophocle : Ajax, Antigone, Œdipe roi, Électre

Eschyle : Les Perses, Les Sept contre Thèbes, Les Suppliantes, Prométhée enchaîné, L’Orestie — trilogie comprenant Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides.




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